Les îles Gambier, un Musée d'Histoire pour l'Océanie

Les îles Gambier, un Musée d'Histoire pour l'Océanie

. Si Tapu avait été traduit par Sacré...

UNE HISTOIRE de VOCABULAIRE 1

 

SE LEVER, SE COUCHER, PÊCHER, PLANTER, MANGER, NAVIGUER, SE VÊTIR, CRÉER,

CHANTER, DANSER, NAÎTRE, VIVRE, MOURIR...TOUT ÉTAIT TAPU CHEZ LE POLYNÉSIEN. 

 

"Vivre le sacré, c'est vivre de façon extraordinaire des choses ordinaires,

non pas pour les magnifier mais pour leur redonner toute leur valeur, toute leur saveur".

 

 

I - Pyramides, Moai, Marae, Tiki...tant de sites extraordinaires qui donnaient à la vie son caractère sacré...

Garder foi en la vie, savoir qu'on tient son courage des ancêtres, être habité d'un esprit vivifiant (mana), imaginer son ancêtre qui vole dans les cieux ou qui nage dans les profondeurs, qui donne des signes au travers de tout ce qui vit, jouer de la musique, chanter, danser la vie...c'était un peu tout cela vivre le tapu...

La grotte funéraire des Akariki était un lieu au caractère tapu encore plus important : on y pratiquait solennellement le renouvellement de bandes de tapa fine sur les corps momifiés après de longues heures de travail joyeux à créer l'étoffe.   

LE TATOUAGE : Le tatouage permettait de reconnaître une famille, un clan, ou pour les chefs de conserver et transmettre l'histoire;

LES MOAI et TIKI : les moai ou géants de pierre rappelaient des ancêtres herculéens, les tiki de pierre rappelaient des ancêtres qui marquèrent une histoire moins lointaine restée légendaire, et les petite statuettes en bois si connues des îles Marquises, de Rurutu, des Gambier et de l'île de Pâques où elles n'ont pas toutes été détruites rappelaient des lignées d'ancêtres dont l'histoire pouvait encore se raconter.

LES MARAE :

Chaque famille possédait son petit marae familial où pouvaient reposer un parent décédé ;

chaque clan possédait son Marae pour célébrer les fêtes et funérailles et un Temple où était rangées les petites statuettes de la lignée ; 

chaque grande chefferie d'Akariki (chef au-dessus des chefs, grand Sage dont le pouvoir résidait dans l'écoute et l'éloquence) possédait le grand Marae où était bâti une pyramide ou un Temple somptueux.

Chaque clan, chaque Marae était voué à des chants,des louanges ou des supplications particulières correspondant au talent qui lui était destiné en particulier : on disait que le chef de clan descendait d'un Atua spécifique, par exemple pour la pêche en mer, pour planter des arbres, pour guérir un malade ou un blessé, pour accueillir un navire égaré, pour louer et chanter le ciel, la terre et la mer pour leurs bienfaits, pour les louer lors des périodes d'abondance, les implorer lors des périodes de disette pendant lesquelles l'arbre à pain ne portait pas de fruit...Le grand Marae d'Atituiti d'où s'observaient les rayons du soleil sur la grotte d'Agakauitai pour connaître avec précisions les jours de solstice était le site privilégié pour louer ou implorer le Soleil et la lune, les astres et les étoiles...

 

II - Le SACRÉ dans l'isolement au gré de visites inattendues :

Lorsque les premiers aventuriers arrivèrent dans le Pacifique dans les années 1600_1800,  rien ne les dérangea dans les coutumes des indigènes qui les accueillirent. Ceux-ci leur partagèrent leurs mets et leur indiquèrent où trouver l'eau et le bois qui leur était nécessaire. Un premier commerce fait de troc gratifiait les hôtes d'outil en fer et de tissus, ces deux produits clefs qui manquaient tant aux indigène.

Arrivèrent alors les vaisseaux remplis de canons et de marins armés de fusils : les archives de Tahiti par exemple y  indiquent l'arrivée du Capitaine Wallis en 1767 après deux longs mois de navigation depuis le Détroit de Magellan* , de Louis-Antoine de Bougainville en 1768, de James Cook en 1769 venu y séjourner lors de son premier voyage dans le Pacifique dans le but d'y observer le passage de Vénus devant le soleil. *(Fernand Magellan franchissait déjà les 611 km de ce détroit situé à l'extrémité Sud du continent américain en 1520). Si tout se passa bien pour la plupart de ces grands voyageurs, il faut noter que les deux navires La Boussole et l'Astrolabe de Lapérouse échouèrent en accostant à Vanikoro en 1788 et que le troisième voyage dans le Pacifique du Capitaine Cook ne finit pas bien lui non plus en 1778 à Hawaï, sa mort ayant pu revêtir un caractère sacré confondant les mots sacrifice et cannibalisme dans des écrits légendaires.

 

III - Le grand bouleversement :

En 1800, de nombreux baleiniers et négociants d'Amérique du Sud et d'Australie faisaient escale dans les îles du Pacifique Sud, bouleversant très vite la relative tranquillité des habitants :  outre les deux denrées rares citées ci-dessus, les équipages introduisirent alcool et armes mais aussi cette coutume qui n'offensait alors personne qui était de donner des dames à ces marins courageux, coutume qui malheureusement propagea trop vite cette maladie bien connue pour la mortalité qui en résulta. A ces calamités allait s'en ajouter une quatrième non négligeable : la mise en place de la propriété.

 

IV - Au nom d'une Culture citoyenne et religieuse venant d'un autre Monde :

- C'est dans ce contexte d'un monde polynésien déjà bien dénaturé qu'arrivèrent au XIX ème siècle les nouveaux explorateurs du Pacifique, ceux qui vinrent conquérir des îles au nom de l'Angleterre, de l'Amérique, de l'Espagne ou de la France  (pour ce côté Est du Pacifique) et les missionnaires.

1- DES EXPLORATEURS :

  -- 1822_1825 :  Duperrey avec la corvette "La Coquille" séjourne à Tahiti : son peintre Jules-Louis Lejeune, ses officiers Blosseville, Jacquinot et de Blois lèguent de nombreux documents sur la Polynésie et ses habitants ainsi que René Primevère Lesson botaniste qui écrira en 1838.

  -- 1824_1826 : Yacinthe de Bougainville avec "la Thétis" et "l'Espérance"

  -- 1826_1829 : Sébastien-César Dumont-d'Urville avec "l'Astrolabe" et ses peintres dessinateurs : Louis-Auguste Sainson, Edmond-François Pâris, Jean-René Constant Quoy, Pierre-Adolphe Lesson, Louis Le Breton, Honoré Jacquinot

  -- 1829-1832 : Laplace avec "la Favorite"

  -- 1825_1828 :  Frederic-William Beechey sur "le Blossom", qui entre autres parlera beaucoup des Gambier et de Pitcairn

  -- 1831_1836 : Fitzroy sur "le Beagle" et son jeune naturaliste Charles Darwin qui écrira en 1859 le célèbre ouvrage "de l'origine des espèces par voie de sélection naturelle"

  -- 1837 second voyage de Sébastien-César Dumont-d'Urville  

2- DES MISSIONNAIRES :

pour qui l'habillement léger des insulaires paraissait si indécent...(vêtement réalisés à partir de feuillages et de cette étoffe si fragile à l'eau qu'était la tapa, bandes de papyrus pouvant être très fine ou plus épaisse suivant l'usage réclamé)... les missionnaires venaient instruire des "sauvages"...

et pour qui les statuettes déshabillées alignées dans les Temples et pourtant recouverte de cette tapa blanche très fine, la même qui entourait le Too, ne pouvaient qu'être des idoles alors que nous savons aujourd'hui qu'elles étaient les "figures" des lignées de chef, chacune représentant un chef décédé... les missionnaires firent brûler ces "idoles"...

- les premiers vinrent d'Angleterre :

C'est en 1797 qu'arriva à Tahiti le vaisseau "Le Duff" commandé par le capitaine James Wilson, ayant à son bord trente missionnaires protestants, six femmes et trois enfants qui se répartirent les différents Archipels.

- puis de France arrivèrent les Catholiques :

Ce ne sera qu'en 1834 et alors que les protestants faisaient déjà bon ménage avec les habitants des Gambier qu'arriveront les catholiques de la Congrégation de Picpus qui sauront à leur tour se faire accepter par la population : d'abord les Pères François d'Assise Caret et Honoré Laval et le frère Colomban Murphy, suivis un an plus tard de Mgr Rochouse, des Pères Liausu, Maigret, Chausson et Guillemard et des frères Urbain de la Tour, Gilbert Soulié et Fabien Coste.  

... 

Une Civilisation disparaissait

 

et pourtant, aux Iles Gambier, une histoire réapparaît en 2011 sous la forme de croquis de tatouage.

un grand sage avait compris qu'une page se tournait.

 

 

Références : 

troisième voyage de Cook :

https://books.google.fr/books?id=AfdaAAAAQAAJ&pg=PA497&dq=troisi%C3%A8me+voyage+de+cook+1778&hl=fr&sa=X&ved=0CDMQ6AEwAGoVChMI-fmPoqmTyQIVg-QaCh1xpgVc#v=onepage&q=troisi%C3%A8me%20voyage%20de%20cook%201778&f=false 

 

de Claire Laux : 1763_1914 -  LE PACIFIQUE enjeu colonial et rivalité géopolitique 

https://books.google.fr/books?id=z4LzvuAwTtYC&pg=PA112&lpg=PA112&dq=Beechey+voyage+pacifique+1825+Gambier&source=bl&ots=a0YFb1HORB&sig=5Ee57RByiQCLXuhfjxZaoT6Kyf8&hl=fr&sa=X&ved=0CEcQ6AEwB2oVChMI1qq-8bCTyQIVQroUCh2NDQ7c#v=onepage&q=Beechey%20voyage%20pacifique%201825%20Gambier&f=false

 

à suivre...



15/11/2015
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